Dis papa, c’est quoi le chômage ?



Le chômage, tout le monde en parle mais parfois sans trop le comprendre. Qu’est-ce qu’un chômeur ? Comment expliquer que certaines personnes ne trouvent pas de travail ? Pourquoi le chômage est-il plus faible dans certains pays ? Voici les questions que nous aborderons dans cet article de manière à mieux comprendre comment fonctionne le marché du travail.

 

Qu’est-ce qu’un chômeur ?

En théorie, un chômeur est une personne en âge de travailler qui recherche activement un emploi rémunéré mais n’en trouve pas.

Cela semble évident à première vue mais dans les faits, à partir de quand estime-t-on qu’une personne recherche un emploi de manière ‘active’ ? Faut-il simplement s’inscrire dans l’organisme ad-hoc ? Faut-il prouver que l’on a envoyé un certain nombre de candidatures ? Et si oui, combien ?

Vous l’aurez compris, en pratique, il est presque impossible de définir avec exactitude qui est au chômage et qui ne l’est pas. Les statistiques du chômage vont donc se baser non pas sur le nombre de chômeurs tels que décrits par la théorie mais sur le nombre de chômeurs indemnisés. Cela implique qu’il faut rester très prudent quand on regarde les chiffres du chômage. Une baisse du chômage ne veut pas forcément dire une augmentation du nombre de personnes qui travaillent. Cela peut tout simplement être dû au phénomène d’exclusion du chômage. Un chômeur peut ainsi être exclu des statistiques simplement parce qu’à un moment donné, on a estimé qu’il ne cherchait pas suffisamment. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne cherche pas.

Dans certains pays, une personne qui combine deux ou trois emplois, peut même être considérée comme deux ou trois personnes qui travaillent.

 

Le marché du travail ou l’offre et la demande 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est important de mettre le doigt sur une erreur de langage. Lorsque l’on parle d’un chômeur, on dit qu’il est demandeur d’emploi. Mais si on y réfléchit, en théorie, c’est le chômeur qui offre son travail et l’entreprise qui demande celui-ci.

Si on se base sur la logique de l’offre et de la demande, le chômage est impossible. Commençons par un exemple illustrant cette logique. Vous êtes seul sur un marché pour acheter une dizaine de pommes et il y a cinq marchands qui en proposent. Vous allez donc faire jouer la concurrence et les prix vont baisser. Au final, au lieu d’acheter une dizaine de pommes, vous pourrez en acheter beaucoup plus pour le même budget. Si on transpose cet exemple au marché de l’emploi, on retrouve la même logique. S’il y a un poste à pourvoir et dix personnes prêtes à travailler, le principe de l’offre et de la demande fera en sorte que les dix personnes vont se battre pour le poste et vont donc accepter de travailler pour moins cher. Au final, l’entreprise pourra engager dix personnes pour le prix d’une. Les gens gagneront moins, mais il n’y aura pas de chômage.

 

Évidemment, dans la réalité, les choses ne se passent pas comme cela. En fait, on peut distinguer trois types de chômage.

 

1) Le chômage frictionnel

Le chômage frictionnel est un chômage pratiquement incompressible étant donné qu’il est lié aux aléas de la vie. Quelqu’un qui change de pays ou qui déménage loin de chez lui, par exemple, aura toujours besoin d’un peu de temps pour retrouver du travail. De même, quelqu’un qui vient d’être licencié ne reprendra peut-être pas un nouveau travail dans la foulée et cela même si plein de possibilités s’offrent à lui.

 

2) Le chômage structurel

Le chômage structurel va dépendre essentiellement de trois causes :


L’application d‘un salaire minimum ou le niveau des allocations de chômage

Comme on l’a vu dans l’exemple, si l’on suit la logique de l’offre et de la demande, en cas de chômage, il suffit que les chômeurs acceptent de travailler pour un salaire moindre. Mais si un salaire minimum est imposé par la loi ou si, au final, ils peuvent gagner plus en restant au chômage, ce mécanisme ne fonctionne plus.


Le salaire d’efficience

L’origine du salaire d’efficience est attribuée à Henri Ford. À l’époque, Ford dirigeait l’entreprise du même nom ; celle-ci n’avait pas encore la renommée d’aujourd’hui et le secteur connaissait une situation d’équilibre (offre égale à demande). Les entreprises n’avaient donc pas de mal à trouver de la main d’œuvre et les ouvriers trouvaient facilement un emploi. Cette situation donnait bien souvent lieu à une démotivation de la main d’œuvre. Les gens se disaient : « Pourquoi prendre mon travail à cœur ? De toute façon, même si je perds mon emploi, j’en retrouverai un autre. Et si j’ai envie de quitter mon poste à midi pour prendre des vacances, pas de souci, quand je reviendrai, j’en trouverai un autre. »

Ford décida alors de payer ses ouvriers deux fois le salaire normal. De cette manière, le fait d’avoir un emploi chez Ford était considéré comme une chance et les ouvriers se battaient pour l’avoir. Hors de question donc de le perdre. C’est ainsi qu’il inventa le salaire d’efficience. En appliquant cette stratégie, les employeurs font augmenter le nombre de personnes voulant travailler et augmente donc le chômage. Bref, en payant plus que le salaire d’équilibre, l’entreprise crée un chômage artificiel qui permet de maintenir ses ouvriers/employés à leur poste.

 

Les mesures de protection de l’emploi

Le fonctionnement de l’offre et de la demande exige du marché qu’il s’adapte rapidement à la situation. Or, plus on impose de protection à l’emploi, moins une entreprise peut licencier ses employés lorsqu’elle n’en a plus besoin. Elle aura donc plus tendance à y réfléchir à deux fois avant d’engager quand cela s’avère nécessaire.

 

3) Le chômage cyclique

Normalement, une fois que l’on a enlevé le chômage frictionnel et structurel, il ne devrait plus y avoir de chômage, vu qu’il n’y a alors plus de raison qu’employeur et employé ne se mettent pas d’accord sur le salaire d’équilibre. Pourtant, en fonction de la situation économique, on constate encore un chômage résiduel. L’une des explications de celui-ci est simplement l’inertie du marché. Selon la loi de l’offre et la demande, quand l’économie va moins bien, tous les travailleurs devraient accepter une baisse de salaire permettant ainsi à l’entreprise de dégager les fonds nécessaires à l’engagement de nouvelles personnes. C’est évidemment illusoire. Dans la réalité, celui qui a un emploi n’acceptera pas spécialement une baisse de salaire. Quant au chômeur, il n’acceptera sans doute pas un poste où il sera payé beaucoup moins que ses collègues pour faire le même travail. Il faut donc beaucoup de temps pour arriver au salaire d’équilibre et entre-temps, la situation économique peut encore évoluer.

 

Conclusion

Le chômage est une question d’équilibre fragile. D’un côté, il dépend des mesures prises : ainsi, en diminuant la protection de l’emploi, les allocations ou le salaire minimum, on pourra le faire baisser via le chômage structurel. De l’autre, il varie selon la culture : donc plus les travailleurs sont flexibles et aiment le risque, plus vite on atteindra le salaire d’équilibre.

À ce jeu, chaque région du monde choisit son équilibre. Il est normal que le chômage soit plus faible aux Etats-Unis (taux de chômage structurel de 6,1%) ou au Japon (taux de chômage structurel de 4,3%) qu’en Europe (taux de chômage structurel de 10,1%), étant donné que la protection de l’emploi est plus faible dans ces régions.

Il n’y a pas de recette miracle, si on veut moins de chômage, il faut également accepter moins de protection et inversement.


Vous voulez mieux comprendre l’économie ? N’hésitez pas à lire ou à relire les articles "Quand vendre ou acheter ? Comprendre les cycles économiques" et "Situation économique : récession ou reprise"

ou "Pourquoi ne faut-il pas s'attendre à une remontée des taux d'ici demain ?". Pour mieux comprendre l'impact de la baisse du pétrole sur votre portefeuille, lisez "Un pétrole bon marché : un avantage pour votre portefeuille ?".

Enfin, pour mieux connaître la politique de Donald Trump et ses potentiels impacts, lisez "Donald Trump élu président : quels sont les impacts ?" ou "L’Europe : un obstacle pour Trump ?".

Ajouter un commentaire

Merci de poser ici votre question d’ordre général. Elle pourrait aussi faire l’objet d’un futur article sur ce blog. Veuillez noter que nos experts ne répondront malheureusement pas aux questions personnelles nécessitant des conseils plus personnalisés. Nos experts sont des professionnels. Ils ne peuvent toutefois pas être tenus légalement responsables si un conseil s’avérait ne pas être concluant.

Si votre question porte sur votre contrat ERGO, nous vous invitons à joindre le Contact Center d’ERGO, soit par e-mail (info@ergo.be) soit par téléphone (02/535.58.88) : du lundi au jeudi de 8h30 à 17h et le vendredi de 8h30 à 16h.

Le blog ERGO utilise des cookies
En savoir plus J'accepte